Une bibliothèque gravée dans la chlorophylle
Bien avant que Bali ne devienne une destination de voyage et que le gamelan ne résonne pour les touristes, les sages de l’île gravaient déjà leur savoir dans des feuilles de palmier séchées. Le mot lontar associe ron (feuille) et tal (palmier) dans l’ancien javanais. Pour une agence de voyage locale à Bali comme Amanaska, comprendre cet héritage permet de proposer un séjour plus authentique.
Ces pages organiques ont porté, pendant plus de mille ans, la mémoire de la cosmologie hindou balinaise, des traités de médecine, des calendriers rituels, mais aussi des histoires d’amour et des recettes de magie. Lors d’un voyage à Bali en famille ou entre amis, leur découverte offre une immersion fascinante dans la culture locale. Chaque fois que l’on ouvre un codex lontar, on déroule littéralement une brioche de chlorophylle brunie par le temps : aucun papier, aucun écran ne procure ce frisson tactile et olfactif.

Voyage à Bali, de la cueillette à la conservation, le cycle d’une page palmée
Tout commence par le palmier Borassus flabellifer. Ses feuilles immenses sont cueillies vertes, bouillies pour chasser l’humidité, puis séchées au soleil jusqu’à virer d’un vert tendre à un beige doré. On les fume parfois avec des herbes aromatiques pour éloigner les insectes.
Chaque feuille est ensuite coupée en lamelles de 3 cm de large et 20 à 50 cm de long, polies à la pierre ponce.
Une fois prêtes, les lamelles sont percées d’un double trou où passera une cordelette de coton ou de rotin. On empile alors les feuilles : le manuscrit non relié n’est que ce faisceau souple. Il supporte très mal l’humidité, l’air marin et la manipulation intempestive ; c’est pourquoi les bibliothèques balinaises, souvent des coffres de teck, sont placées dans le grenier des maisons ou dans une « tour des manuscrits » (Pepaosan), côté montagne et toujours au-dessus du niveau des pieds humains.
Outils et techniques de gravure
Pour écrire, le scribe (Juru Tulis) utilise un petit stylet en fer appelé pengkraf. La pointe, aussi fine qu’une épingle, incise la feuille en surface ; on ne trace pas de traits continus mais on pique (comme une microgravure). Après la gravure, on frotte la page avec un mélange de cendre de noix de bancoulier et d’huile : la poudre noire se loge dans les incisions tandis que la surface reste claire. Le contraste surgit alors, comme par magie. Les scribes expérimentés produisaient jusqu’à six pages par jour — un travail de patience.
Découvrir Bali, l’alphabet balinais entre syllabaire et calligraphie sacrée
Le bali aksara descend du brahmi indien via le kawi javanais. C’est un alphasyllabaire : chaque caractère porte une consonne et un a implicite, modifiés par des diacritiques pour produire e, i, o, u, etc.
| Forme | Son | Particularité |
| ᬧ | pa | une boucle arrondie qui évoque la fleur de frangipanier |
| ᬓ | ka | ressemble à un trident, symbolisant les trois mondes |
| ᬤ | da | figure un croissant lunaire, associé à la parole royale |
| ᬮ | la | comme deux feuilles rapprochées, signe de fertilité |
L’écriture se lit de gauche à droite sans espace ; un signe spécial (pangangge suara) marque la fin de la phrase. Les mantras se distinguent par des ligatures plus serrées : l’acte graphique devient rituel, chaque courbe étant censée canaliser une énergie divine.

Genres littéraires gravés dans le lontar
- Kakawin : épopées en mètres sanskrit, comme le Ramayana Kakawin adapté au contexte javanais-balien (mais sans pourtant aborder le Râmâyana du point de vue balinais exclusivement).
- Wariga : astrologie pratique, calcule les jours fastes pour construire une maison ou célébrer un mariage.
- Usada : pharmacopée traditionnelle, répertorie racines, écorces et mantras de guérison.
- Babad : chroniques historiques mêlant faits et mythes, précieuses pour les historiens.
- Tantri : contes moraux animaliers, ancêtres des fables.
Lire ces textes, c’est passer d’une recette de compresses au gingembre à une bataille cosmique, puis à un conseil de plantation de riz — le tout dans quelques douzaines de feuilles frémissant comme un éventail ancien.
Séjour à Bali, où admirer et manipuler ces manuscrits aujourd’hui ?
- Gedong Kirtya, Singaraja
Ancienne bibliothèque royale fondée en 1928, elle conserve plus de 4 000 codex. Les chercheurs peuvent consulter l’original ; le public feuillette les copies fac-similé et assiste à des démonstrations de gravure. - Museum Puri Lukisan, Ubud
Une salle climatisée présente des lontar illustrés rares, dont un Usada du XVIIIᵉ siècle aux diables oniriques. Des écrans tactiles traduisent (en anglais) un passage du Babad Dalem. - Village de Tihingan, Klungkung
Plusieurs familles perpétuent la gravure. On peut commander un marque-page personnalisée (5 × 15 cm) où votre prénom est transcrit en alphabet balinais : un souvenir durable et léger à glisser dans la valise. - Université Udayana, Denpasar
Le laboratoire de philologie numérise les manuscrits, téléchargeables en PDF haute définition ; parfait pour poursuivre la lecture après le retour.

Déchiffrer chez soi : ressources pour débutants
- Appli “Aksara Bali” (Android/iOS) : clavier virtuel et exercices de reconnaissance.
- Dictionnaire balinais-indonésien (Kam-us Bali) en ligne : aide à traduire les mots courants.
En un mois d’entraînement, on parvient à lire son prénom et à reconnaître une trentaine de symboles, juste assez pour savourer un couplet de Tantri.
Enjeux de préservation et défis climatiques
Le lontar, matière organique, s’effrite au contact de l’humidité et des termites. Les coupures d’électricité dans les bibliothèques climatisées accélèrent le vieillissement. Les conservateurs badigeonnent désormais les lamelles d’un baume à base de clou de girofle, insecticide naturel.
Des projets de « crowd scanning » mobilisent volontaires pour photographier chaque page ; mais la compression JPG efface la finesse des incisions secondaires. La solution idéale : un double archivage numérique + coffres hermétiques au silicagel.
Pourquoi découvrir le lontar pendant votre voyage à Bali change votre regard
Manipuler un manuscrit sur feuille de palmier, c’est toucher la continuité d’une civilisation qui n’a jamais cessé d’écrire malgré la pluie tropicale, les invasions et maintenant l’ère numérique. Une agence de voyage à Bali pourra facilement intégrer cette découverte à un itinéraire culturel hors des sentiers battus.
Chaque ligne gravée révèle la main d’un ancêtre patient et la voix d’un village entier. Lorsque vous rentrez de votre voyage à Bali, cette fine lamelle parfumée à l’huile de coco devient plus qu’un souvenir : un pont tangible vers un patrimoine immatériel.
Apprendre quelques caractères vous permettra, lors d’une prochaine visite, de déchiffrer l’inscription sur la porte d’un temple ou le nom d’un masque Barong sculpté. Le lontar n’est pas une relique figée ; c’est un lexique de la vie balinaise. Plus nous serons nombreux à le lire, à le protéger, plus longtemps il chantera dans le bruissement discret de ses feuilles tournées.


